Un Dernier Blues Pour Octobre

À propos du livre

Un Dernier Blues Pour Octobre Cogito, 2020

L’histoire de Un Dernier Blues Pour Octobre commence en juin 1968 et se termine à l’hiver 1970. L’action se déroule au Québec, souvent à Montréal, mais aussi dans ces autres lieux où le destin d’octobre a été préparé et joué. Car c’est la crise d’octobre et les événements qui l’ont préparée que Pierre Turgeon a mis en scène dans ce roman surprenant où tous les personnages de cette incroyable insurrection prennent vie. Et ils sont tous là : les chasseurs, les victimes, les chassés, les témoins. Avec un talent rare et en utilisant la liberté audacieuse du romancier, Pierre Turgeon a créé des personnages à partir des personnes réelles qui ont fait le mois d’octobre. Si l’écrivain ne prétend pas concurrencer en quoi que ce soit la vérité objective de l’historien, il fait vœu de fidélité à la vérité de l’être humain et de son temps. Cette vérité du coeur et du temps anime chaque page de Un Dernier Blues Pour Octobre et le lecteur est vite emporté dans ce fantastique tourbillon de passions. Un Dernier Blues Pour Octobre est fait d’amour, de rage, de fierté, de courage, de peur et de compassion aussi. Il a la couleur des jours et l’odeur des années soixante-dix. Il est tissé de toutes ces petites choses qui font la vie et l’histoire…

Un Dernier Blues Pour Octobre

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Assis seul dans l’escalier de la cave, l’observateur se demandait quand les autres sortiraient de leur trou. Il s’étonnait encore que les felquistes l’eussent choisi pour garantir leur sécurité au moment de leur reddition. Car, malgré ses convictions souverainistes, il avait toujours condamné sévèrement le recours à la violence. Ce médecin des pauvres, également romancier et pamphlétaire, croyait à la bonté et au pacifisme fonciers de son peuple, qui pour se représenter lui-même, face à l’aigle américain et au lion britannique, avait choisi la figure emblématique du mouton.

Obnubilés par les guerres révolutionnaires du Vietnam et de l’Algérie, ces jeunes gens, pensait-il, avaient voulu devenir des loups. Pour défendre leur peuple et le libérer. Mais ils n’avaient réussi qu’à devenir des étrangers aux yeux des leurs, qui préféraient continuer à avancer à leur allure de moutons. Et le vieil écrivain croyait qu’un jour les hommes finiraient par vivre en paix, et il se disait qu’en définitive l’avenir appartiendrait aux moutons. Pas aux loups.

Une voix lui parvint de derrière la chaudière.
— Docteur, vous êtes seul?
— Oui. Ne craignez rien. Il y a aussi des journalistes qui attendent, dehors.

Quelqu’un ahana sourdement, et le médecin entendit qu’on soulevait un bloc de béton, puis qu’on le poussait contre le sol de la cave.

Un colosse borgne, dépenaillé et boueux, s’avança sous l’ampoule nue qui pendait du plafond. Malgré lui, l’observateur ne put s’empêcher de sentir que celui qui surgissait ainsi des profondeurs de la terre obéissait à une force primaire et incontrôlable. Il lui apparut aussi que le jeune homme, de même que ses deux camarades qui venaient d’émerger derrière lui, se trouvait au bord de l’effondrement. Aucun d’eux n’avait sans doute mangé depuis longtemps.

Quand ils sortirent à l’air libre, et que le soleil réverbéré sur la neige les obligea à fermer les yeux, le médecin eut la surprise de constater qu’ils arrivaient à se redresser de toute leur stature et que, finalement, c’est le poing levé en signe de défi qu’ils marchèrent d’eux-mêmes vers le fourgon cellulaire, sans qu’aucun des policiers ne les bouscule, ou même ne les touche.
Jamais Paul n’avait ressenti un tel soulagement qu’au moment de son arrestation.

PIERRE TURGEON

Né au Québec, le 9 octobre 1947 – Le romancier et essayiste Pierre Turgeon obtient un baccalauréat ès arts en 1967. En 1969, à l’âge de vingt-deux ans, déjà journaliste à Perspectives et critique littéraire à Radio-Canada, Pierre Turgeon crée la revue littéraire L’Illettré avec Victor-Lévy Beaulieu. La même année, il publie son premier roman, Faire sa mort comme faire l’amour. Plusieurs ouvrages ont suivi 22 titres au total : romans, essais, pièces de théâtre, scénarios de films et ouvrages historiques. Parmi ceux-ci, on trouve La première personne et La Radissonie, qui remportent tous deux le Prix du Gouverneur général pour le roman et l’essai respectivement.

En 1975, il fonde la maison d’édition Quinze, qu’il préside jusqu’en 1978. Il y publie de nombreux auteurs, dont Marie-Claire Blais, Gérard Bessette, Jacques Godbout, Yves Thériault, Jacques Hébert et Hubert Aquin, avant de devenir directeur adjoint des Presses de l’Université de Montréal (PUM) en 1978. Puis, de 1979 à 1982, il a dirigé les éditions du groupe Sogides, le plus important éditeur francophone d’Amérique. (L’Homme, le Jour, les Quinze). Il édite également des logiciels, lançant l’un des premiers éditeurs de texte français (Ultratexte) et le premier programme de vérification orthographique français (Hugo). Rédacteur en chef de la revue littéraire Liberté de 1987 à 1998, il a édité des numéros controversés sur la Crise d’octobre et la Crise d’Oka, ainsi que sur divers sujets politiques et culturels.

En 1999, il crée Trait d’union, une maison d’édition consacrée à la poésie, aux essais et aux biographies de célébrités, ouvrages signés entre autres par René Lévesque, Pierre Godin, Micheline Lachance, Margaret Atwood. Il est le seul éditeur canadien à avoir vu l’un de ses livres, une biographie de Michael Jackson Unmasked, atteindre la première place de la liste des best-sellers du New York Times. Entre-temps, l’auteur continue d’être prolifique et, en 2000, il a publié une histoire du Canada, en collaboration avec Don Gilmor, qui a remporté le prix Ex-Libris, décerné par l’Association des libraires canadiens avec la mention de meilleure histoire du Canada à ce jour.

Aujourd’hui, il travaille à la création d’un site d’édition entièrement consacré à la diffusion de livres électroniques en anglais et en français : Cogito, qui sera mis en ligne au début de l’année 2021.

Le livre est d’une fidélité frappante et constitue un succès exemplaire pour l’imagination du lecteur. Voici ce que l’on pourrait appeler le vrai roman d’octobre : Jean Royer, Le Devoir.

De tous les romans qui traitent de la crise d’octobre, celui de Pierre Turgeon est celui qui embrasse le plus largement et le plus étroitement la réalité documentaire. C’est un roman remarquable et nécessaire. – Jean-Roch Boivin, Voir.